George Steiner et les scientifiques

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Jean-Claude Matthys attire notre attention sur un interview du professeur George Steiner, remarquable professeur de littérature comparée, paru dans le magazine Le Point.

«  Vous en appelez à une éducation fondée sur quatre piliers : la musique, les mathématiques, les sciences de la vie et l’architecture. Ces nouvelles humanités sont-elles appelées à détrôner les anciennes ?

Il n’y a pas une seule clé. Mais, de nos jours, les plus doués, les plus obsédés par l’absolu sont les mathématiciens. Ce sont les princes de l’esprit. Au Quattrocento, j’aurais aimé prendre un café avec les peintres. De nos jours, c’est une immense chance de pouvoir fréquenter les grands scientifiques. Peut-être ne connaîtrons-nous plus, en Occident, les miracles que nous appelons Dante ou Shakespeare ou Racine : on comprend mal la possibilité du crépuscule, mais elle existe. Aucune culture n’a un pacte d’éternité avec le destin. Mais le fait d’avancer est interne à l’entreprise scientifique. C’est parmi les scientifiques que j’ai connu des bouffées folles de confiance et d’espoir après les grandes catastrophes. »

N’est-ce pas une proclamation magnifique, non suspecte de nombrilisme (elle n’est pas prononcée par un "membre du club" !), qui valorise une des fibres mathématiques profondes : une quête d’absolu par des princes de l’esprit (excusez du peu !) : des gens doués pour lesquels sont premières (princeps !) les choses de l’esprit.

Par cette déclaration, George STEINER s’inscrit dans la longue tradition occidentale des "arts libéraux" : quadrivium (les connaissances fondamentales : musique, arithmétique, astronomie, géométrie) après trivium (les connaissances élémentaires : grammaire, rhétorique, dialectique, d’où notre expression "C’est trivial ! Elémentaire, mon cher !"). Introduite par BOETIUS (470-525), inspiré sans doute par NICOMAQUE de Gérase (ca. 200 A.D. ) , cette perspective des deux voies successives de l’éducation intellectuelle sera réactivée par GERBERT d’Aurillac (938-1003) (Sylvestre II, le "Pape de l’An Mille"), dont on se rappellera qu’il fut l’un des plus fervents propagandistes de la numération décimale en Occident, avant LEONARDO Pisano (ca.1170-ca.1240), puis Simon STEVIN (1548-1620), avec "De Thiende" (1585).

Pour lire l’interview complète cliquer sur l’un des liens ci-dessous

- http://www.lepoint.fr/actualites-chroniques/steiner-spinoza-harry-potter-et-moi/989/0/220360
- www.lire-ecrire.org/index.php ?action=forum& id_chambre=1643&subaction=message&id_sujet=44368
- http://www.causeur.fr/george-steiner-pouchkine-harry-potter-et-moi

On vend même le numéro (« Le Point », n°1845, 24 janvier 2008) sur eBay !!!

Mis en ligne le 20 février 2008 par Charlotte BOUCKAERT