Alfred Warbecq, mathématicien et résistant

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WARBECQ ALFRED

Curriculum vitae

Warbecq Alfred Lucien : né à Braine-le- Château le 21-2-1921.

Etudes primaires à Braine-le-Château : 1926-1931

Etudes secondaires à l’Athénée royal de Nivelles : 1931-1937

Etudes universitaires à l’ULB : 1937- 1941.

Diplômes : licencié en sciences mathématiques en 1941 (grande distinction) ;

Agrégé de l’enseignement secondaire en 1941 (distinction).

La guerre

Du 15-5-40 au 15-8-40, enrôlé dans un C.R.A.B. (centre de recrutement de l’Armée belge), caserné dans le Gers (sud de Toulouse).

Années de guerre : pas de situation dans l’enseignement.

A l’abri comme employé modeste du Service du Travail Obligatoire en Allemagne. Reconnu comme “Résistant armé et combattant 1940- 1945” (Armée secrète, groupe de sabotage).

Libération : en novembre 1944 engagé comme agent, puis inspecteur à la Sûreté de l’Etat. Nommé inspecteur principal après concours en octobre 1945.

Mission pendant 6 mois en Autriche- Allemagne pour récupérer et ramener en Belgique des criminels de guerre et des inciviques belges.

15-10-47 : démission accordée pour rejoindre l’enseignement.

Enseignement :

1947-1948 : un an comme surveillant à l’Athénée royal de Charleroi.

1948-1950 : chargé de cours de biologie, chimie, physique et mathématiques à l’Athénée royal de Charleroi.

Horaire complet de mathématiques à partir de septembre 1950 à l’Athénée royal de Charleroi.

De février 1955 à 1964 : professeur de mathématiques au cycle supérieur latin-mathématiques à l’Athénée royal de Charleroi.

1964 : obtient le brevet de préfet des études (épreuve nationale francophone)

1964-1965 : désigné comme directeur à titre intérimaire à l’Institut technique de l’Etat à Erquelinnes (création école nouvelle).

1965-1968 : préfet à l’Athénée royal de Saint Servais (Namur) (création école nouvelle).

Mai 1968-fin décembre 1983 : Après épreuve d’aptitude, nommé Inspecteur de Mathématiques de l’Enseignement secondaire supérieur et supérieur non universitaire.

Remarque : de novembre 1979 à avril 1980 : détaché comme directeur de l’Institut supérieur d’Architecture de la Cambre où les cours n’avaient pu reprendre (grève de professeurs et d’étudiants). Réintègre l’inspection, à sa demande, après mission accomplie)

Premier janvier 1984 : admis à la retraite à sa demande (après infarctus).

Cumuls : non demandés mais nécessaires pour pallier la pénurie de professeurs de mathématiques. 1955-64 : chargé de cours à l’Université du travail Paul Pastur à Charleroi chargé de cours pendant 2 ans à l’Ecole normale provinciale de Charleroi lors de sa création (extension de l’ Ecole normale provinciale de Morlanwelz.

1969-97 : chargé de cours à l’Institut supérieur pédagogique de la Province de Namur. (6 matinées de 3 heures par an) : formation continuée d’instituteurs et de régents.

Activités parallèles en relation avec l’enseignement :

 1960-1970 : secrétaire de la Société belge des professeurs de mathématiques (SBPM). Responsable de la revue Mathematica et Pedagogia.

 1961-1970 : animateur au Centre belge de pédagogie de la mathématique (CBPM)

 A partir de 1961 : participant et ensuite membre de la CIEAEM (commission internationale pour l’étude et l’amélioration de l’enseignement mathématique. Organisation d’un Congrès de la CIEAEM à l’ULB en 1989 et publication d’un volume de plus de 500 pages constituant les Actes du Congrès.

 A partir de 1968 : président de diverses commissions au Ministère de l’Education Nationale et de divers jurys d’Etat.

 Délégué aux stages pédagogiques à l’ULB durant quelques années.
 Animateur de divers séminaires destinés aux professeurs du secondaire.

 Vice-président du CREM lors de sa création. Membre du Conseil d’Administration de 1992 à 1996.

 Ancien Président du Jury de l’Enseignement secondaire général de la Communauté française.

 Membre du Jury national des Olympiades Mathématiques Belges depuis 1977.

 Auteurs de nombreux rapports écrits au ministère de l’Education et à la SBPM. Etc.

Commentaires du CV par Alfred Warbecq.

Issu d’un milieu modeste où il n’était pas envisagé de poursuivre des études, les pressions de mes maîtres du primaire et ensuite du secondaire ont convaincu mes parents de m’inscrire à l’Athénée royal de Nivelles et ensuite à l’U.L.B. Après ma défense de mémoire, le professeur Lepage m’a offert de rester à son service mais la fermeture de l’Université par les Allemands a réduit ce projet à néant. A défaut d’un emploi dans l’enseignement, j’ai dû me contenter d’une situation d’employé qui m’a mis à l’abri du Service du Travail Obligatoire en Allemagne. Dès 1944, j’ai eu des contacts avec la Résistance ; j’ai fait partie, plus tard, de la Résistance armée (Armée Secrète, groupe de sabotage).

En novembre 1944, je suis passé de l’Armée secrète à la Sûreté de l’Etat. J’y ai accédé en octobre 1945 au grade d’inspecteur principal( après réussite d’un examen national). J’ai passé 3 ans dans un monde de magistrats (militaires), de policiers et de détenus, à rechercher et interroger des criminels de guerre, à enquêter et à témoigner lors de procès débouchant parfois sur des condamnations à mort, à prendre conscience d’une misère humaine insoupçonnée jusqu’ alors. En mission à l’étranger, j’ai fréquenté des Ambassades, des services de polices et autres, j’y ai découvert le langage "diplomatique" qui m’a souvent déçu.

En 1947, la Sûreté avait retrouvé ses objectifs du temps de paix : maintenir la Sûreté intérieure de l’Etat. Je ne m’y sentais plus à ma place. J’ai repris contact avec le Ministère de l’Instruction publique. Mes efforts s’avérèrent vains. Heureusement, un chef de la Résistance à qui je m’étais confié m’a obtenu une première désignation comme surveillant à l’Athénée royal de Charleroi, sans quoi, n’ayant jamais pensé à solliciter des appuis politiques, j’aurais pu attendre encore. Ce passage à la Sûreté m’a laissé des traces indélébiles. Sans doute est-ce là ce qui m’a rendu prudent dans mes jugements et a accentué mon tempérament pacifique.

A l’Athénée royal de Charleroi, le préfet était mathématicien, il m’a rapidement pris en estime. J’ai enseigné d’abord à des élèves de 11 ans (septième préparatoire à l’Athénée Royal de Charleroi).

J’y ai appris beaucoup, notamment à savoir écouter les élèves et à vérifier souvent leur compréhension et leur acquis. Grâce au préfet, j’ai pu compléter rapidement mon horaire de professeur pour obtenir au bout de deux ans une charge complète de mathématiques.

En 1955 le préfet m’a confié les 3e, 2e et 1e latin-math. Ce fut une tâche très lourde (classes nombreuses, 21 heures de cours différentes plus 1 h de cours supplémentaire tous les matins pour répondre aux exigences des programmes d’admission à Polytechnique (en ce temps là toutes les Facultés polytechniques avaient à l’entrée des programmes différents mais dépassant tous, les programmes du secondaire. Cependant, cette charge présentait un avantage, celui de pouvoir mesurer dans l’immédiat l’efficacité de son enseignement. Comme professeur dans cette région industrielle alors prospère, j’ai eu la chance d’avoir des classes d’élèves motivés, disciplinés et des parents d’élèves qui faisaient confiance au professeur.

L’ère des promotions n’est pas le résultat de mon ambition personnelle. J’étais heureux comme professeur de mathématiques, mais, mes supérieurs m’ont convaincu de subir les épreuves d’aptitude à la direction d’un Athénée et à l’inspection. Je me suis classé en tête de ces épreuves et suis devenu successivement directeur, puis préfet d’écoles à créer et enfin inspecteur sans avoir dû postuler ces emplois.

Comme directeur et comme préfet dans des écoles à créer, j’ai été souvent détourné de ma mission pédagogique proprement dite, mais la responsabilité d’avoir à assurer le développement et la réputation d’une école nouvelle mobilise l’ensemble du personnel et des élèves. J’y ai découvert un vrai travail d’équipe. J’en ai gardé un excellent souvenir malgré les difficultés matérielles rencontrées. Comme inspecteur, la rédaction et la mise en application des programmes de mathématique "moderne" en même temps que l’adoption de l’enseignement rénové ont été une période exaltante en ce sens qu’elle favorisait une collaboration étroite avec les professeurs.

Les nombreuses séances de "recyclage" ont créé chez beaucoup de professeurs et chez l’inspecteur l’obligation d’approfondir les connaissances mathématiques et l’occasion de contacts humains très enrichissants.

Un seul point noir : mon "embrigadement" comme membre ou président de nombreuses commissions du Ministère et de jurys d’Etat m’a privé du plaisir d’aller dans les classes aussi souvent que je le désirais.

Conclusion

Je n’ai jamais eu le temps de m’ennuyer, je n’ai ressenti la fatigue que dans certaines commissions pluridisciplinaires où j’avais la sensation du temps perdu en bavardages stériles. Toutes les fonctions que j’ai exercées, ont fait de moi un enseignant heureux. J’ai beaucoup reçu tout en ayant peu demandé, autant dans ma carrière d’enseignant que dans ma vie de citoyen ordinaire. J’ai dû refuser des présidences pour ne pas laisser manger mon temps par des activités de "comitard". J’ai pu vivre en homme libre, dans le respect de l’autre.

Le fait d’avoir une épouse, professeur de mathématiques, a contribué à rendre ma vie familiale harmonieuse malgré mes occupations multiples. Seuls mes enfants se sont parfois plaints d’entendre trop parler de mathématiques bien que nous nous efforcions d’éviter ces situations (pas toujours avec succès).

Formation mathématique

Bien qu’ayant réussi, sans difficulté, mes études universitaires, j’estime que, trop jeune, je n’ai pas profité assez de ces études malgré le bénéfice d’une équipe professorale brillante dans son ensemble. Privé de mathématique pendant plusieurs années, j’ai abordé l’enseignement avec une faim non assouvie d’approfondir ma formation. W. Servais m’a amené très vite au comité de la Société belge des professeurs de mathématiques où dix ans comme secrétaire et coresponsable de la Revue m’ont permis de nombreux contacts avec des mathématiciens.

Je dois beaucoup :

1. aux nombreux séminaires suivis à l’U.L.B. et organisés par MM Libois et Teghem et que perpétuent avec succès F. Buekenhout et J. Doyen et l’U.R.E.M. ;

2. à ma participation comme animateur du C.B.P.M. (Papy et autres) ;

3. à mon activité depuis 1961 aux Rencontres organisées par la Commission internationale pour l’Etude et l’Amélioration de l’Enseignement Mathématique (CIEAEM) où j’ai eu l’occasion de bénéficier d’échanges avec des mathématiciens étrangers (e.a. Freudenthal, S. Krygowska, E. Castelnuovo, Varga, Revuz, Engel) ;

4. à la découverte de nombreux ouvrages de mathématiques. Comme inspecteur enfin, quelques missions à l’étranger (Hongrie, Suisse, France nombreux échanges avec les IREM) m’ont fourni une source d’informations ;

5. les élèves, les professeurs que j’ai inspectés m’ont beaucoup appris.

En résumé :

J’ai eu de la chance, je n’ai jamais eu la sensation de subir l’autorité de mes supérieurs qui m’ont fait confiance. De mon côté, je n’ai jamais considéré que mon accession à l’inspection me conférait une omniscience et la possession de "la" vérité. Je me suis toujours vu comme un artisan de l’enseignement mathématique dont un rôle était de servir de courroie de transmission d’expériences heureuses découvertes lors de visites de classes et de connaissances acquises par mon travail personnel. J’ai toujours encouragé les initiatives personnelles raisonnables, convaincu de ce que l’on enseigne mieux lorsqu’on est heureux ; je n’ai jamais imposé une méthode d’enseignement car, à mes yeux, il n’y a pas de procédés pédagogiques miraculeux. C’est en respectant la personnalité de chacun que l’on obtient le meilleur rendement, un conseil est souvent plus utile qu’un ordre.

Ajouts divers

 Le présent document a été principalement rédigé et inspiré par Alfred Warbecq lui-même. La mise en page et l’édition sont dûs à Monique Fréderickx et Francis Buekenhout. D’autres éléments d’information suivent. Ils sont récoltés avec l’aide d’André Bajart et surtout...d’Alfred.
 Enfant de l’ULB...Warbecq est un membre fondateur du Cercle des Sciences de l’ULB en 1938. Il en fut le premier trésorier. Il nous a transmis une copie annotée des premiers statuts. C’est au sein du Cercle que se constitua un foyer de Résistance dont Warbecq fut partie prenante. L’engagement se situe au cours d’un banquet du Cercle le 9 mai 1940. Quelques heures plus tard, la Belgique était envahie. Certains camarades étudiants de Warbecq perdirent la vie dans ce combat. Leur mémoire demeure à la Faculté des Sciences.

 Alfred est inséparable de Denise Poisson son épouse. Elle est bien connue dans notre milieu “matheux”. Elle entra à l’ULB en 1938. Elle y fut la condisciple de Georges Papy et Maurice Delmotte.

C’est à l’issue d’un de ses examens durant l’été 1939 qu’Alfred est venu à sa rencontre. Elle vécut la tourmente de novembre 1941 qui vit la fermeture de l’ULB par son Conseil d’Administration en vue de s’opposer à la mainmise de l’occupant allemand. Elle acheva sa licence en mathématiques à l’Université de Liège. Comme bien d’autres condisciples, elle demeura en contact avec le Professeur Paul Libois qui poursuivit ses cours dans la clandestinité au péril de sa vie.

 Mariage en 1945.
 Deux fils : Michel né en 1951. Jean-Paul né en 1955.

Quatre petits-enfants.

 Denise a fait une carrière complète de Professeur de Mathématiques.
 Pour l’anecdote : vers 1940, la première candidature en mathématique à l’ULB a compté un certain Jean Thielemans dans ses rangs. Il est mieux connu comme “Toots”. Warbecq n’en a pas gardé le souvenir.

 Le passage de Warbecq à Erquelinnes en 1964 mérite des détails. Il s’y trouva à la tête d’une nouvelle école sans le moindre bâtiment et dût se débrouiller.
 Dès le début des mathématiques modernes Alfred et Denise Warbecq se sont investis avec leurs amis : Willy Servais, Lucien Delmotte,... L’Athénée de Saint-Servais était à l’époque le phare des mathématiques modernes dans la région de Namur.

L’investissement d’ Alfred Warbecq a évidemment dépassé le cadre de la région de Namur. Il a très vite compris qu’une nouvelle réforme s’imposait et dès 1975, il a été à la base de contacts suivis avec les autres réseaux : CEPEONS et Enseignement catholique. Les programmes de 1980 pour la 1ère et ceux qui ont suivi ont donc été communs aux trois réseaux. Cette unité a donné plus de crédibilité au cours de mathématiques du secondaire et a été largement appréciée.

 Alfred Warbecq a joué un rôle important au sein du GEPEMA (Groupe d’ Etudes sur les premiers enseignements de la mathématique) . Il est collaborateur volontaire à l’Université de Mons-Hainaut depuis 1994 dans les services des Professeurs Pol Dupont et Paul van Praag.
 Il est membre de l’UREM-ULB depuis 1992.

Mis en ligne le 13 janvier 2007 par Charlotte BOUCKAERT